Presse dite neutre (centre)

 

La presse neutre ou générale, se devant de rester impartiale face à toute l'actualité, est censée traiter les informations concernant l'extrême droite, comme les autres.
Nous avons divisé cette partie en 2 sous-parties, la presse reconnue, et la presse scandale, ou people, qui, à priori, n'est pas engagée politiquement. Mais, comme nous le verrons, c'est un genre particulier de presse...

 

I) Presse people

par Corentin Orsini

Tous les genres de presse s'intéressent à l'extrême droite, de temps à autre.
Témoin ce dossier de "Max" de Février 2001:
les 10 extrémistes les plus dangereux.

Il nous présente les différents hommes politiques extrémistes de droite de 10 pays dans le monde, et les compare entre eux, et avec Jean-Marie Le Pen. Par tous les termes employés dans l'article, nous pouvons sentir que la rédaction est complètement contre cet extrémisme de droite. Est mise en évidence dans le dossier, et ce, pour chaque homme politique, une "phrase célèbre" prononcée au cours d'interviews, à l'image de celle de Jean-marie Le Pen : les chambres à gaz sont un détail de l'histoire. Ainsi, en feuilletant le dossier, on tombe sur cette phrase de Jorg Haider, imprimée en gros caractères : les waffen SS méritent honneur et respect, ou bien sur celle de Umberto Bossi: les immigrés sont en train de transformer l'italie en grand bordel ainsi que celle de pat buchanan : l'homosexualité rampante est le signe de la décadence culturelle et morale... Cette mise en page sert à choquer le lecteur et à le faire réagir, comme le veut le magazine.

Un deuxième exemple de presse people, autrement appelée presse-scandale dans le cas suivant, qui traite d'un sujet d'actualité relatif à l'extrême droite :

Le journal "Nice-Matin" annonce dans un de ses numéros la mort d'un homme juif, assassiné, selon lui, pour des raisons antisémites. Mais quelques recherches ont permi au magazine "L'Express" de démentir totalement ces informations, et de connaître le mobile exact de ce meurtre, qui n'était pas du tout en rapport avec le fait que cet homme était Juif. Ces démentis ont été confirmés par la suite.

Ces 2 exemples nous amènent à cette petite conclusion :

Cette presse people a un grand pouvoir sur la classe populaire, dite facilement influençable. Ce pouvoir peut être utilisé pour amener les gens à s'opposer à l'extrémisme, comme pour les amener à s'en rapprocher. Par la forme des articles, autant que par le fond, la presse people influe fortement sur la manière de penser des lecteurs. Nous n'avons pas retenu ici les articles extraits de presse people poussant à la xénophobie, en insistant uniquement sur la nationalité d'un criminel s'il est étranger, car cela sortirait de la partie "presse neutre" et entrerait dans "presse extrémiste", mais il est à retenir qu'en arrangeant les informations pour les rendre plus choquantes -c'est, admettons-le, le principe même de la presse-scandale-, ce genre de presse est dangereuse selon le point de vue duquel on se place.

 

II) Presse reconnue

Par Corentin Orsini

Contrairement à la presse scandale, "Le Monde" ne se contente pas de choquer les gens, en effet, , ils affirment ce qu'ils pensent, après des études rigoureuses, publiées, et commentées. Prenons l'exemple de l'article du 2 juillet 1998 : la société française reste taraudée par le racisme. A première vue, l'article traite uniquement du racisme en France. Mais un début de lecture nous montre la mise en parallèle, ouvertement, de l'extrême droite et du racisme. Cela peut sembler normal, et c'est justement, -entre autres- ce que dénonce l'article. Car un des buts de ce dernier est de nous montrer que le racisme ne va pas de paire qu'avec l'extrême droite, même si c'est très souvent vrai.

Donc, pour lutter en partie contre des préjugés, "Le Monde" publie une enquête détaillée menée par le CSA sur les électeurs français. Ces derniers sont classés en 3 catégories :

-racistes (18%)
-tentés par le racisme (40%)
-anti-racistes (33%)

en % Racistes Tentés par le racisme indifférents anti-racistes
FN 82 15 3 0
RPR 23 54 7 16
UDF 19 46 13 22
Ecologistes 14 39 7 40
PS 10 35 6 49
PC 12 29 7 52

 

Ils croisent ensuite ces informations avec l'adhésion aux différents partis politiques. Ainsi, on apprend que 82% des
sympathisants du FN sont classés "racistes", alors que 12% des adhérents du PC le sont, que 0% des sympathisants du FN sont anti-racistes, et 52% des communistes le sont. Autres données : parmi les électeurs du RPR et de l'UDF, respectivement 54% et 46% sont "tentés par le racisme".

Il est clair que "Le Monde", grâce à la publication de ce résultat d'enquête, confirme l'association racisme/extrême-droite, mais il montre aussi l'importance du nombre de sympathisants de droite "classique", classés dans la catégorie "tentés par le racisme".
Ce qui ressort de cet article, est donc la lutte que mène "Le Monde" contre toute forme d'irrespect à autrui, qui est chose courante chez les électeurs sympathisants FN, (évidence donc du rapprochement extrême droite/racisme) mais qui est en plus chose importante chez les électeurs de droite "classique".

L'emploi, tout au long de l'article, de termes comme les outrances du FN, ou encore le FN joue continuellement un role d'intégrateur idéologique en faveur des idées racistes et xénophobes dans l'électorat, nous permettrait de traduire l'intégralité de l'article par une phrase telle que :
"Le FN est un fléau contaminateur du virus 'racisme' "

 

Deuxième commentaire d'article : Le Monde, février 99

Par Cyril Ducamin

Cet article définit entre autres l'idéologie du FN mais il donne également le point de vue du journaliste par rapport à cette idéologie.

Le fondement des croyances du FN est l'inégalité des races, et pour Jean-Marie Le Pen, toute la population en est consciente. Les militants du FN assument pleinement leur appartenance et ne s'en cachent pas. Ici, le journaliste se déclare lui-même surpris qu'on puisse dire que toute la population est consciente des inégalités raciales.
Pour les nationalistes, la présence Française à l'étranger serait justifiée alors que la présence étrangère en France ne le serait pas. Ils se considèrent ainsi comme appartenant à la race supérieure. Pour eux, les immigrés sont comme des ennemis, d'où leur slogan la france aux Français. L'article distingue 3 représentations de racisme chez le FN :

-L'identité culturelle, et non pas le mythe de la race, c'est à dire que les occidentaux, qui auraient soi-disant plus de culture (!?) , doivent dominer les autres populations.

-il y aurait une hiérarchie des races, une échelle d'importance, entre des races qui ne peuvent cohabiter, et doivent entretenir des rapports "dominants-dominés".

-enfin, sont dénoncées les diverses politiques voulant réduire les différences, les inégalités, pour eux, la hiérarchie des races doit persister.

JM Le Pen prône donc la différence culturelle, c'est à dire que chaque individu a une culture propre se rattachant à un espace dans lequel il doit rester. Sa volonté est de réduire la vision de l'homme, à sa culture et à sa race. Il considère également que ceux qui ne pensent pas de la même manière que lui, sont des êtres impurs. Le journaliste profite de l'occasion pour mettre en avant l'antithèse présente dans ces propos, en disant : donc, selon vous, 90% des français sont des êtres impurs... Le journaliste donne donc une grande liberté d'expression au président du FN, comme le veut l'esprit de la presse neutre, mais critique implicitement ses idées en mettant en avant des failles dans son raisonnement. Les commentaires du journaliste sont objectifs, mais dits et placés de façon percutante, en ironisant. C'est au lecteur, ensuite, de choisir son point de vue...

 

 

Troisième commentaire d'article :

Par Corentin Orsini

Le mardi 8 décembre 1998, "Le Monde" publie un dossier sur les atteintes les plus graves aux libertés fondamentales. Plusieurs articles accompagnent ce dossier, dont une interview de Jean-Marie Le Pen. Cette association d'articles met sur un pied d'égalité le FN et le non-respect de la déclaration des droits de l'homme, ce qui résulte tout de même d'une opinion tranchée. L'interview est très diverse au niveau des sujets des questions, et on a presque l'impression que le journaliste veut faire dire à Le Pen, une phrase choquante, à la façon de "Voici". En fait, lorsque'une réponse de Le Pen à une question est claire, précise, et qu'il ne contredit ni le journaliste, ni une parole d'homme politique, le journaliste passe à un autre sujet. Voici quelques questions posées au cours de cette interview :

-pouvez-vous nous expliquer ce qui s'est passé samedi au conseil de votre parti ->Question d'actualité, à laquelle Le Pen répond objectivement.

-Qu'est ce qui vous oppose à Bruno Mégret ->Actualité là encore, mais c'est un autre sujet. Le Pen répond en jouant sur les termes, et en interprétant différemment des paroles citées par la suite par le journaliste.

-Philippe Séguin a dit que le Front National est une "honteuse exception française..."
-> Changement de sujet; question, de par sa forme, (points de suspension) posée afin de faire réagir Le Pen dans une direction voulue. Réponse de Le Pen : le FN est martyrisé par les autres hommes politiques, c'est le bouc-émissaire des partis politiques français.

-Mr Chirac a proposé qu'on inscrive dans la constitution, l'obligation, pour tous les élus, de préter serment sur la constitution, et donc, aussi, sur la déclaration des droits de l'homme. Êtes-vous d'accord? ->question d'actualité, réponse de Le Pen : Mr Chirac se fout de nous! Il a le culot, l'audace de faire des réclamations de ce style, alors qu'il est en train de brader le pays.

-Les élus du FN pourraient-ils prêter serment? ->question reposée, le journaliste sent que JM Le Pen veut éviter le sujet. Réponse négative au conditionnel, disant que si ce texte contraignait les élus FN à renoncer à leur liberté de penser, la réponse serait négative. En clair, Le Pen répond exactement comme s'il ne connaissait pas ce texte, en disant que si ce dernier le contredit, il ne le signera pas, mais je pense que, comme tout le monde, il connait les grands principes de la déclaration de droits de l'homme, il sait donc qu'ils s'opposent à ses idées, et il sait donc très bien qu'il ne la signera pas. L'utilisation du conditionnel dans sa réponse est donc superflu, le journaliste le sent bien, et continue donc l'interview dans cette direction.

-Les élus du FN doivent-ils respecter la déclaration des droits de l'homme de 1789? -> Réponse de Le Pen : elle ne fait pas partie de la constitution.

-donc, ils n'ont pas à la respecter? ->le journaliste a perçu la réponse implicite donnée à la dernière question, et veut la faire dire clairement par JM Le Pen. Réponse: les lois et la constitution ne sont pas respectées par les gens qui gouvernent, par moi, si; je respecte la démocratie, la république...

-et la déclaration des droits de l'homme? -> le journaliste insiste sur sa question, à laquelle, il est vrai, JM Le Pen n'a pas répondu. Le Pen répond : Je ne suis pas obligé de signer la déclaration des droits de l'homme. C'est une phrase de ce type qu'attendait le journaliste, apparement anti-FN, pour exposer clairement les idées de JM Le Pen, d'ailleurs, cette phrase est utilisée en guise de titre d'article.

-c'est un fondement de la république! -> le journaliste associe république et déclaration des droits de l'homme pour contredire les paroles de Le Pen, commentées un peu plus haut, disant qu'il respectait la république. Réponse : Non, ce n'est pas vrai

-Si !-> le journaliste insiste de nouveau pour contrer les paroles de JM Le Pen. Ce dernier répond : Votre république. Cette dernière réponse est contradictoire avec son soi-disant respect de la république, en fait il fallait comprendre respect de ma république

 

A travers cette interview, on voit, après analyse, que le journaliste de "Le Monde" laisse parler le plus possible le président du FN, en l'aiguillant intelligemment sur des sujets choisis, afin de faire ressortir les idées cachées, ou non-avouées, au début, en apparence, mais bien présentes. Le journaliste est extrêmement fort dans son rôle, il sait exactement comment obtenir ce qu'il veut de la personne qu'il interviewe. Vu que le journal est classé "neutre", il ne peut se permettre, à l'instar de journaux engagés que nous allons étudier en seconde partie ou bien de la presse-scandale, de traduire explicitement les idées implicites du FN, donc, les journalistes doivent faire dire clairement les choses par JM Le Pen. Ainsi, il y a parfaite objectivité, puisque "Le Monde" se contente de rapporter les paroles de Le Pen.

 

Dernier petit point à noter :

Si "Le Monde" est souvent neutre dans son écrit, les dessinateurs comme Plantu font dans leurs dessins humoristiques une grande satyre envers l'extrême droite.

     

 

 

Petite conclusion : La presse "neutre" n'existe finalement pas tout à fait, car, que ce soit explicitement, comme dans les mag-scandales ou implicitement comme dans la presse reconnue, une part de subjectivité est présente...

Plus : version Anglaise :