Presse engagée

 

I) à gauche

par Aurélien Samaria

En cherchant des articles relatifs à l'extrême droite dans un journal de gauche, nous avons été surpris de trouver un tel article dans la rubrique culture de Libération! En effet, un article qui devait traiter du cinéma autrichien n'était pas forcément voué à traiter de l'extrême droite ou, du moins, pas au point de délaisser complètement l'aspect artistique pour se consacrer aux tensions constantes entre le gouvernement de Jörg Haider et le monde de la culture.

Ainsi, Pierre Daum (le journaliste de Libération) s'applique à mettre constamment en parallèle la politique en vigueur en Autriche et la conjoncture plutôt défavorable du cinéma comme nous pouvons le constater dans l'accroche de l'article: Le Festival de Graz [équivalent autrichien du Festival de Cannes] a constaté la crise du secteur et l'accalmie politique. De même, la seule phrase en gras isolée dans le texte souligne le délaissement politique dont le cinéma est l'objet: les subventions publiques déjà très faibles depuis une décennie, ont été réduites dans des proportions dramatiques (mois 40% environ).

En fait, le journaliste de libération cherche à montrer, plus ou moins implicitement, que le FPÖ, parti politique au pouvoir en autriche, menace la démocratie car la démocratie, c'est donner la parole au peuple; or le gouvernement Autrichien entrave de plus en plus cette liberté d'expression. Pour confirmer cette idée, Pierre Daum rappelle que le gouvernement de Jörg Haider a le monopole de la télévision et que le cinéma reste donc le dernier bastion de libre expression de l'audiovisuel mais plus pour très longtemps car la politique néo-libérale (insulte suprême dans un journal de gauche) menée par le gouvernement invite les réalisateurs à s'orienter vers des productions commerciales.

Après s'être intéressé à cette atteinte à la liberté d'expression, l'auteur de l'article met en valeur la lutte que mène le septième art Autrichien. Relevons par exemple ce passage: l'intérêt pour une industrie cinématographique florissante et pour le développement de sa diversité culturelle semble définitivement perdu, ont dénoncé, avec un courage rare dans ce pays, les deux directeurs de la Diagonale. Nous voyons ici clairement la prise de parti du journaliste qui glorifie le combat des intellectuels, derniers garants de la culture dans ce pays d'Autriche dans lequel les citoyens adoptent la politique de l'autruche(cf le dessin de Plantu dans notre diaporama). D'ailleurs, dès le début de l'article, le lecteur est sensibilisé à la mobilisation de toute la profession, dès l'entrée au gouvernement de Jörg Haider, dans une résistance à la coalition noire-bleue (couleurs respectives de la droite et de l'extrême droite).

Enfin, si l'auteur constate un certain recul de l'extrême droite grâce à l'action des intellectuels, il cherche tout de même à entretenir une espèce de "fachophobie": les récents résultats électoraux du FPÖ n'enlèvent rien au danger que l'extrême droite fait peser sur le pays. En somme il n'y a pas un si grand écart entre un tract anti fascite et un article de la rubrique culture dans LIBERATION!

 

II) à droite

par Cyril Ducamin

L'express

La presse engagée à droite relate les faits concernant le FN à peu près comme les autres. Elle lui octroie une place pareille à celle des autres partis dans le milieu de la politique. Au niveau de la taille des articles, de la place qu'occupent ceux-ci dans le journal, on peut noter qu'elles sont égales à la taille et place des articles traitant de la droite dite singulière.

Pour l'express, le FN est donc un parti comme les autres en temps normal, mais en période de difficultés, l'express donne plus d'importance aux problèmes qu'a le FN, en insistant sur ces derniers, comme pour enterrer le FN dans sa crise (exemple de la séparation Le Pen/Mégret).

La presse engagée à droite rajoute aussi des arguments annexes pour montrer les difficultés du FN. Le choix de certains titres plutôt ironiques comme Mégret fait la manche, -en référence aux difficultés à financer son parti-, est éloquant. Il y a à ce moment une partialité face au FN.

La presse engagée à droite se désolidarise du FN, pourtant à droite, pour montrer qu'elle n'est pas liée au FN, tout comme les partis de droite singulière. En effet, le report des voix du FN sur certaines listes de droite, pouvant faire penser à une coalition, a poussé la presse de droite à se démarquer du FN en ironisant sur ses problèmes dans les journaux, répondant aux socialistes, qui dénoncent une alliance entre les partis de droite. C'est donc dans le but de se démarquer du FN, et de montrer qu'elle n'y est aucunement liée, que la presse de droite ne reste pas toujours impartiale face au parti présidé par Le Pen. C'est pourquoi la presse de droite se désolidarise souvent de la thèse du FN.